Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 06:31

Le temps passe à une vitesse folle. Je regarde en arrière, tous ces souvenirs, les moments de doutes, d’euphorie, de lassitude, d’espoir…   Ils sont si près, c’était hier, il y a quelques heures, quelques instants. Dans un mois, jour pour jour, je quitterai le Vietnam, Ho chi minh ville, Phu my Hung, Long Hoa. Mais pour l’heure, mon quotidien s’articule autour de deux priorités : mes cours et mon retour.

Concernant le premier point, je veux terminer mon programme avec mes élèves et je ne dispose plus que de quelques heures de cours. Je suis obligée de mettre les bouchées doubles et de me concentrer sur nos objectifs, c'est-à-dire le passage du DELF A1 (Diplôme d’Enseignement de la Langue Français débutants) pour certains et la possibilité de tenir une discussion simple en Français pour les autres. 

Je réalise que j’ai très peu parlé de mes conditions de travail.  Au départ, j’enseignais dans une salle de classe très moderne, toute neuve, dans le bâtiment central de Long Hoa. Ce bâtiment, dédié à l’enseignement au sein de l’orphelinat, a été financé il y a à peine un an par une banque  Singapourienne. Il comprend une bibliothèque très complète au rez-de-chaussée, une salle d’informatique et deux salles de cours à l’étage. Malheureusement, pour des raisons encore obscures, le régisseur m’en à interdit l’accès au bout d’un mois seulement. Il prétextait que ces salles étaient désormais réservées aux cours d’Anglais (je précise qu’il  n’y a qu’un cours quotidien d’anglais et deux salles..). Je soupçonne pour ma part une basse vengeance dirigée contre Caroline avec qui les régisseurs ont de nombreux désaccords. Dans un premier temps révolté par ce qui m’apparaissait comme une injustice envers mes élèves et moi-même, j’entendais bien aller contre cette interdiction.  Passer les premières colères, j’ai réalisé à quel point ce comportement me serait préjudiciable et par-dessus tout, je risquais de causer des problèmes à mes élèves et au personnel de l’orphelinat qui serait de mèche. J’ai donc adopté une autre stratégie, une stratégie que je connais bien pour l’avoir utilisé souvent dans mon ancien emploi à France Télécom : le sourire. Tous les jours, je passe devant son bureau, mon tableau d’infortune glissé sous le bras, sourire aux lèvres je lance un grand « Xin Chao » auquel il répond chaque jour avec plus de ferveur. Je pense m’être ainsi attirée sa sympathie et donc la tranquillité dans mes cours.

Toujours est-il que depuis cette décision, je dispense mes cours dans une salle adjacente au dortoir des plus grands. La salle est petite, mal disposée pour un cours en groupe. Le seul ventilateur de la pièce aurait du prendre sa retraite il y a bien longtemps et le pauvre perd très souvent son souffle. Comme il n’y avait pas de tableau, Caroline en a acheté un que l’on accrochait aux barreaux de la fenêtre avec un sac plastique jusqu'à ce que l’un de mes élèves ait la brillante idée de rapporter du fil de fer.  Mes élèves, serviables et attentionnés, m’apportent régulièrement des petites choses, utiles (un marqueur, un chiffon) et agréables (des mangues !).  Parmi les nombreux problèmes déjà énoncés, il y en a un de taille : le manque (cruel) de matériel. Pas de manuel, pas de méthode, pas de lecteur cassettes pour travailler la compréhension orale, des marqueurs dont la durée de vie ne dépasse pas les 10 jours et que je dois renouveler à mes frais, pas de photocopieuse ni d’imprimante… la liste est longue, et je dois sans arrêt chercher des solutions pour pallier ces innombrables manques. Là encore, mes élèves (notamment le plus âgé, Vinh) me sont d’un grand secours. Pour ma part, je me renseigne régulièrement à l’IDECAF, un centre de documentation francophone très complet situé au centre ville. Je me tiens au courant des programmes et photocopie des exercices ainsi que des épreuves types de niveau débutant. Je produis ensuite  mes propres cours sur mon ordinateur en m’aidant d’Internet, qui par ailleurs n’est pas toujours un allié de choix. En effet,  on y trouve beaucoup de bêtises et je passe un temps fou à trier, comparer, évaluer les renseignements recueillis.  Mes sites Internet fétiches  sont désormais « françaisfacile » et « lepointdufle ».  Une fois ce travail terminé, j’envoie les documents à Vinh qui les imprime depuis son lieu de travail (ce n’est sans doute pas très catholique, mais aucune autre solution ne s’est présentée jusqu’ici).  Inexorablement, au moment du cours, je réalise l’imperfection de mes documents et les limites de mes compétences dans le domaine. Pourtant, nous avançons tous ensemble dans le bon sens. Mes élèves progressent et quant à moi, je tire des leçons de chacune de mes erreurs pour ne pas les reproduire. Je pense que mes cours sont de plus en plus structurés bien que toujours loin d’être parfaits.

En ce qui concerne mon retour, je poursuis mes candidatures en Master  FLE. La distance ne me facilite pas les choses. Souvent, il est nécessaire de contacter les services administratifs par téléphone et quand enfin j’ai le moyen de passer un coup de fil, le décalage horaire me joue des tours  ou les universités sont fermées pour cause de grève… Difficile de rester sereine ! Bien que lentement, la situation évolue et je garde l’espoir devenu un peu fou de m’accomplir professionnellement.

Je regarde en avant. Le retour ne me fait pas peur. J’ai hâte de retrouver ma famille, mes amis et ma transparence sociale.  J’ai hâte de construire mon avenir car je sais à présent à quoi je veux qu’il ressemble.  Et si mes élèves commencent à me parler de ce jour inévitable ou sonnera le retour aux sources ; et si son évocation me rend  triste car je sais que demain se ne seront plus mes parents qui me manqueront mais mes amis du bout du monde, je garde la tête froide et le cœur chaud.  D’une certaine manière, je les emporterai avec moi et j’espère qu’un peu de moi restera ici, sur la planète Long Hoa.

Par Océane
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Mardi 21 avril 2009 2 21 /04 /Avr /2009 13:32

Bonjour à tous.

Je n’ai pas écrit depuis bien longtemps et je vous demande à tous pardon.  Je suis bien souvent dans l’urgence entre mes cours, mes projets, mes travaux et le temps passe sans même que je m’en aperçois.  Plus qu’un mois et demi avant le retour en France….

Depuis ma dernière publication j’ai eu l’occasion de découvrir du pays, notamment avec mes parents qui sont venus me visiter  fin janvier. Des montagnes de Dalat au centre du Vietnam, de la baie d’Along à la frontière chinoise, ce voyage s’est avéré riche en surprises. En premier lieu celle de mes  parents  à travers lesquelles je reconnaissais mes propres réactions lors de mes premiers jours sur cette terre inconnue, mais également en ce qui me concerne, la confrontation de différentes manières de vivre dans un seul et même pays. Retrouver mes parents, c’était un grand soulagement. Je me suis sentie épaulée, encouragée, comprise et conseillée. 

Le voyage à commencer a l’aéroport de Saigon ou après une heure de combat de coude  et de coups de paniers discrets, j’aperçois enfin une chevelure dorée aisément distincte des autres têtes.  Cris, bras gesticulants dans tous les sens, sourire figé, j’enlace enfin ma maman et mon cœur tambourine. Mon père perdu un peu plus loin arrive deux minutes après et s’inquiète tout d’abord de ne pas voir ma mère avant de se laisser aller aux joies des retrouvailles. A peine le temps de troquer jean et  Baskets contre shorts et tongs que nous devons repartir, prendre un autre avion, direction Da Nang.  Après le shopping et les tailleurs de Hoi An ou un costume sur mesure ne coûte pas plus de 60 € - la visite de l’imposante citadelle impériale à Hué, dont les cicatrices historiques  subsistent un peu partout – le passage rapide dans la capitale, Hanoi -  nous atteignons  le point culminant de notre périple : la baie d’Along.  C’est en grande partie pour elle que nous sommes tous ici. N ous avons eu beaucoup de chance car le beau temps était au rendez-vous. Nous avons pris des canoës, nous avons déambulé entre ces innombrables îles, toutes plus belle les une que les autres. Face au coucher de soleil, dans le plus grand silence, le vent nous procurait quelques frissons, mais ceux-ci n’étaient rien face à la frénésie organique que déclenchait le paysage devant mes yeux.  Tout autour de nous, sortaient de la mer de chine des îles « champignons » autour desquelles de grands oiseaux dansaient. Le soleil, de plus en plus rouge, de plus en plus bas, reflétait ces derniers rayons dans nos yeux grands ouverts. La mer semblait hésiter entre ce bleu hivernal qui n’existe qu’ici et le rose chaleureux qu’adoptait l’atmosphère. Des ombres chinoises se dessinaient tout doucement : une jonque, un arbre, une pagode. Une allemande devant moi m’a dit une phrase que je n’oublierai certainement jamais « Keep this moment in your mind …. for all your life ».  C’est ce que je tentais de faire, une photographie visuelle, que je rangeais au rayon des moments rares dans l’endroit le plus sûr de ma mémoire afin de retrouver à ma guise cette précieuse beauté et cette solennelle tranquillité. .  

Ces moments inoubliables s’ajoutent à d’autres que l’on aimerait mieux effacer, mais qui avec le recul, font tout de même sourire.  Parmi eux, les interminables attentes dans les gares où les trains semblent être programmés pour être en retard – les escroqueries de bas-étages auxquelles chaque touriste doit se soumettre-  la longue nuit dans le train sans couchettes pour Sapa – Le froid glacial et l’humidité proche de  100% dans les hauts plateaux …  Autant de mésaventures  finalement sans gravités qui nous feront bien rires lors de nos prochaines retrouvailles.

De retour à Saigon, nous avons distribué aux orphelins de Long Hoa la vingtaine de cartables généreusement offertes par Mme Boivin, directrice de la maison de retraite Aigue Marine et le Lion’s Club. Ma mère avait également apporté feutres et bonbons qui ont fait la joie des plus petits.  Le régisseur les a fait mettre en rang, puis ils sont venus les uns après les autres prendre ce que nous pouvions leur offrir. C’était … très solennel. Ils ont tous dis merci avec un geste de la tête comme le veut la coutume et sont repartis aussi vite montrer à leurs camarades leur petit butin. 

Moi, je pensais à mes petits voisins, Trung et Sang, à qui la vie n’a sourit qu’une fois en leur offrant un père et une mère, rien d’autre. Eux ne dépendent d’aucune structure telle que Long Hoa, eux n’ont pas besoin de cartables car ils ne vont pas à l’école, ni de feutres car ils ne savent pas écrire et n’ont pas de papiers sur lesquels gribouiller. Quant aux bonbons, ils ne font qu’aggraver l’état de leurs dents de lait rongés par les caries et les microbes. Mes parents leurs ont donnés à chacun un petit billet, et je leur ai rapporté des jouets de mon voyage, que pouvons nous faire de plus ? Parfois, c’est terrible, mais je me demande de quel côté il vaut mieux être. 

Voir les photos du voyage  :  Vietnamtrip Vietnamtrip

 

 

 

Par Océane
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Mardi 30 décembre 2008 2 30 /12 /Déc /2008 04:39
Sept millions d'enfants vietnamiens sous le seuil de pauvreté - 29/12/2008
 http://lecourrier.vnagency.com.vn/default.asp?xt=xt33&ct=ct50&page=newsdetail&newsid=48543

 Au Vietnam, un tiers des enfants de moins de 16 ans vivent dans la pauvreté. Chiffre révélé dans une étude effectuée par le ministère du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales et d'autres services concernés, en coopération avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) au Vietnam et l'Université de Maastricht (Pays-Bas).

Selon les critères de l'ONU, la pauvreté se mesure à l'insuffisance de ressources matérielles comme nourriture, accès à l'eau potable, vêtements, logement et conditions de vie en général, mais également manque de ressources intangibles comme accès à l'éducation, exercice d'une activité valorisante, respect... Avec ce nouveau système d'évaluation, la pauvreté s'exprime selon des indicateurs synthétiques incluant des critères sanitaires, éducatifs, sociaux, culturels, politiques et non seulement par la dimension pécuniaire comme auparavant.
Des experts vietnamiens, de l'UNICEF et de l'Université de Maastricht ont utilisé cette grille de lecture pour évaluer la pauvreté des enfants des provinces de Lào Cai (Nord), Hà Tinh (Centre) et Sóc Trang (Sud). Une opération qui fait partie du bilan à mi-parcours du Plan des objectifs nationaux de réduction de la pauvreté pour la période 2006-2010. Et le résultat est plutôt alarmant puisque environ un tiers des moins de 16 ans recensés par l'étude vivent dans la pauvreté, soit 7 millions d'enfants en extrapolant au niveau national.

De grands écarts entre régions urbaines et rurales

La principale caractéristique de la pauvreté au Vietnam réside dans le mauvais accès à l'eau potable, la faiblesse des conditions hygiéniques, un manque de loisirs et une santé déficiente. Ainsi, plus d'un tiers des enfants ne sont pas suffisamment vaccinés avant leurs 5 ans. Près de la moitié d'entre eux n'ont pas de conditions sanitaires requises dans leur famille et deux tiers ne disposent pas de livres pour enfants.
D'autre part, l'UNICEF insiste sur l'important écart entre régions urbaines et rurales. Et ces inégalités régionales s'accroissent de plus en plus. Ainsi, d'après le Fonds des Nations unies pour l'enfance, les régions où la pauvreté infantile est la plus forte sont les localités montagneuses du Nord, en particulier du Nord-Ouest, et celles du delta du Mékong. Or, paradoxalement, ce dernier est une des régions ayant une croissance relativement élevée et une faible pauvreté pécuniaire ! Toujours selon l'UNICEF, les enfants des minorités ethniques sont beaucoup plus exposés que ceux des ethnies Kinh et Hoa, soit 63% contre 25%.

Le cercle vicieux de la pauvreté

La pauvreté résulte généralement de conditions de départ défavorables (mauvais accès à la formation, santé déficiente...) et parfois d'incidents de la vie (destruction de biens, accident de santé, perte d'emploi, etc.) qui induisent une importante déficience pécuniaire. C'est le début d'un inexorable cercle vicieux : obligation de se loger à bas prix, donc dans des quartiers ayant mauvaise réputation, où il y a peu de travail et une offre éducative dégradée, une criminalité sinon plus élevée du moins plus violente, une prévention médicale moins active, etc. Les chances de trouver un revenu légal sont moindres et souvent les familles sont tentées par des sources de revenu illégales ou basculent totalement dans la criminalité (drogue et prostitution)... Ce phénomène touche directement les enfants et les adolescents qui, dans un tel contexte, commencent leur vie avec un lourd handicap. Dans les pays en développement où les ressources sont rares, les conséquences sont encore plus marquées (famines, catastrophes sanitaires...).

S'intéresser à leur sort

Selon le professeur en économie Chirs De Neubourg, directeur de l'École de gestion d'État de l'Université de Maastricht (Pays-Bas), conseiller technique dudit rapport, le nombre de 7 millions d'enfants pauvres au Vietnam "n'est pas inquiétant", mais le gouvernement vietnamien devrait "s'en préoccuper" pour maintenir ses efforts dans la lutte contre la pauvreté, entreprise ces dernières années. Et alors que l'économie connaît de violentes turbulences, le professeur Chirs De Neubourg pense que le gouvernement devrait s'intéresser particulièrement aux enfants, surtout les pauvres car ils sont les plus touchés par ces difficultés économiques. Le rapport préconise ainsi des recommandations sur les politiques à mettre en oeuvre. En premier lieu, continuer à perfectionner les indicateurs de l'identification de la pauvreté des enfants, en se basant sur les résultats obtenus. Ensuite, intégrer la nouvelle méthode d'approche de l'évaluation de la pauvreté infantile au système de gestion des estimations de la pauvreté au niveau national. Puis, intégrer cette nouvelle mesure au mécanisme d'analyse et de révision des politiques pour les programmes gouvernementaux de lutte contre la pauvreté, tels que programmes des objectifs nationaux de réduction de la pauvreté, plans de développement socioéconomique, programmes d'action nationaux pour les enfants...

Autant d'acquis que de défis

Certes, le Vietnam se préoccupe depuis fort longtemps de l'éradication de la pauvreté et ces dernières années, il a obtenu des "résultats notables" dans ce combat de longue haleine, avance le vice-ministre du Travail, des Invalides de guerre et des Affaires sociales, Ðàm Huu Ðac. En particulier, dans les provinces montagneuses et les régions habitées par des minorités ethniques, où les conditions de vie des habitants se sont améliorées et le taux de pauvreté est en baisse. Cependant, il reste des défis à relever, car cette baisse est rapide mais instable. Les conditions de vie et de production des communes pauvres et montagneuses rencontrent de nombreuses difficultés. Le fossé en termes de revenu et de niveau de vie entre régions urbaine et rurale, deltaïque et montagneuse, ainsi qu'entre familles riches et pauvres a tendance à se creuser. Les impacts de la pauvreté sur les enfants sont d'autant plus graves que ces derniers sont plus exposés à ce risque que les adultes. "La nouvelle méthode d'approche de l'évaluation de la pauvreté infantile a permis non seulement l'approfondissement de cette situation, mais aussi l'amélioration de la capacité d'élaboration et de gestion des objectifs, stratégies et politiques de réduction de la pauvreté au Vietnam", affirme M. Ðac. Donnée importante pour que le Vietnam puisse faire reculer encore plus les frontières de la pauvreté, surtout celle des enfants.

En 2008, la Banque mondiale (BM) a fixé à 1,25 dollar américain par jour le seuil de pauvreté international, contre un dollar précédemment. Le nouveau seuil représente le seuil de pauvreté moyen des 10 à 20 pays les plus pauvres. Selon ce nouveau critère, 1,4 milliard de personnes dans le monde en développement vivent avec moins de 1,25 dollar par jour en 2005, contre 1,9 milliard en 1981. Selon un rapport de la BM publié le 26 août 2008, le nombre de pauvres dans le monde a diminué de 500 millions et leur proportion dans la population totale a été divisée par 2 (de 52% à 26%) entre 1981 et 2005, mais ce taux de pauvreté est stable en Afrique subsaharienne (50%). Pour les pays à revenu intermédiaire, la BM trouve plus indiqué de fixer le seuil de pauvreté à 2 dollars par jour, ce qui donne un total de 2,6 milliards de personnes sous ce seuil, soit près d'un tiers de l'humanité. L'ONU a également mis en place un plan de réduction de la pauvreté au sein de ses Objectifs pour le Développement du Millénaire, ratifiés en 2000 par les États membres, et qui est depuis une priorité mondiale. Le premier objectif du millénaire a 2 cibles : premièrement, réduction, entre 1990 et 2015, de la proportion de personnes dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, ce qui concerne plus d'un milliard de personnes ; deuxièmement, une réduction des populations souffrant de faim entre 1990 et 2015. Elle concerne, selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), environ 840 millions de personnes, un chiffre en constante augmentation notamment avec l'explosion démographique mondiale.
La Banque mondiale a pour mission de lutter contre la pauvreté en finançant des projets pouvant réduire la misère.l L'UNICEF lutte en particulier contre la pauvreté des enfants.


Hông Nga/CVN (28/12/2008)
Par Océane
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Samedi 27 décembre 2008 6 27 /12 /Déc /2008 09:50

Avec un peu de retard... article rédigé le 22/12/08:

Noel approche et c’est drôle mais je n’avais jamais imaginé ces fêtes de fins d’années autres part que chez moi, dans ma famille.  Les repas arrosés, les restes pendant une semaine, les sourires sur chaque visage trahissant nos petits bonheurs personnels : une console de jeu, une poupée, une enveloppe généreuse, un sauternes délicieusement fruité, un proche jusqu’alors trop distant…  Petits et grands, chacun y trouve son bonheur et c’est dans un cadre magnifique que nous laissons derrière nous  une année passée décidément trop vite.  Le froid, les sapins, les pères-Noel imposants devant les supermarchés, les offres commerciales plus alléchantes les unes que les autres, tout cela était pour moi le seule et unique visage des fins décembre.

Aussi, jusqu'à la semaine dernière, en short/ t-shirt sous la chaleur étouffante, je ne réalisais toujours pas que Noel était là. Sortie dans le quartier 1 pour une course, je m’étonnais d’abord de l’excitation générale dans les rues. Effectivement, des lumières étaient venues décorées la grande allée de Le Loi et une  agitation particulière régnait au pied du Saigon Square. Je commençais à comprendre que ce duvet blanc dans les pots d’orchidées était censé représenté la neige, lorsque je vis passer devant moi un petit bonhomme habillé de rouge, petit et maigre, le teint jaune et les yeux bridés. Papa Noêl n’a pas les mêmes attributs dans nos contrées éloignées. ..

C’est dans ce décor surréaliste que j’approche du grand jour. Mes amis sont en grande partie rentrés dans leurs familles pour les fêtes et je me sentirai bien seule si je n’avais pas en perspective un repas de famille digne de ce nom. C’est mon amie Nhung qui m’a chaleureusement invitée auprès des siens pour  partager un moment de bonheur.  Son petit frère vit en Australie et sa mère et elle comprennent mieux que quiconque la solitude qui nous envahit quand un visage manque autour de la table joliment décorée. ..  Tendrement, sa maman m’a dit qu’elle m’accueillerait chez elle comme sa propre fille. Elle m’a serrée dans ses bras dodus et à cet instant, je suis redevenue la petite fille de 5 ans qui sentait l’odeur sucré de la peau maternelle.  C’est bon de se sentir aimée et étreinte. Pouvez vous imaginer l’importance d’avoir quelqu’un sur qui compter quand on est étrangère ? Je comprends mieux aujourd’hui les sentiments d’exclusion dont parlent les immigrés.  Savoir que l’on est important pour quelqu’un, que l’on peut compter sur cette personne dans n’importe quelles circonstances, c’est essentiel au bien être.  Et dans un monde chaque jour plus égoïste, peu de personnes ont cette chance.  Alors s’il vous plaît mes amis, si vous avez dans votre entourage un étranger loin de chez lui ou  un sénior sans famille, conviez le près des vôtres pour les fêtes. Vous n’imaginez pas à quel point cela peut changer le cours des choses.  Quand j’étais à Avignon, je voyais chaque jour des SDF sur le seuil de ma porte, toujours les mêmes. Ils font peur les SDF, on les trouve sales et mal élevés, on leur reproche leur  alcoolisme et parfois leur violence. Mais, quand on prend l’habitude de leur dire « bonjour » chaque matin, quand on arrête de les ignorer et qu’on apprend à les connaitre et comprendre les raisons pour lesquelles ils se retrouvent dans cette situation, notre regard sur eux change. Je regrette aujourd’hui ne pas avoir organisé un repas de Noel pour eux, eux qui me souriaient tous les jours malgré leur détresse, eux qui n’avaient rien mais qui pour Noêl m’offraient des bonbons, eux  qui,  comme moi aujourd’hui, étaient séparés de leurs familles.

A eux, à vous tous, à tous ceux qui me sourient  et à qui je souris en retour,  Joyeux Noel.

Par Océane
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Lundi 22 décembre 2008 1 22 /12 /Déc /2008 11:17

Pour des raisons personnelles, je ne vous ai pas informé de mes petits tracas à l’école. Ce que je peux vous dire, c’est que d’un point de vue éthique, les objectifs de  mon association d’accueil et les miens divergeaient. Aussi, j’ai très tôt décidé de chercher une mission qui correspondrait mieux à mes attentes.

Mes recherches ont pris du temps car au Vietnam, tout prend du temps.  Je remercie à cet égard Marie-Thérèse Aubert, responsable de l’association marseillaise Les amis du Vietnam. Merci  tout d’abord pour votre empathie hors du commun, mais également pour les contacts que vous m’avez fournis  et sans lesquels, les choses auraient encore pris beaucoup de temps. Grâce à vous, j’ai  rencontré Paul Chavaneau qui m’a lui-même mis en contact avec Linda Nalin du service social de l’Amicale des francophones et enfin avec  Vo Caroline et l’association Envol d’Asie, qui est aujourd’hui ma nouvelle association d’accueil.

Cette association gère entre autres choses les parrainages franco-vietnamiens destinés à soutenir les enfants de l’orphelinat de Long Hoa. Une centaine de garçons, de 6 à 22 ans, à qui il manque beaucoup de petites choses mais surtout, une chose qui ne m’a jamais fait défaut, d’une chose que j’ai tellement bien reçu durant ma vie qu’il m’est insupportable d’imaginer leur enfance sans elle, je parle bien entendu de l’amour. Voilà, je suis ici pour ça, leur donner de l’amour. Pas de grandes prétentions, juste ce simple geste, cette simple action : aimer. Croyez moi ou pas, je ne sais comment m’y prendre. Je suis une étrangère, je ne parle pas leur langue, je peux les écouter mais je ne peux pas les comprendre.  Le monde manque d’amour et il ne tient qu’a nous de dépasser nos codes de bonne tenue, nos habitudes culturelles. Le problème en occident est que si l’on se laisse ainsi guider par nos émotions, on risque de « perdre la face ». Et c’est une chose inconcevable dans le contexte actuel de « perdre la face ».  Nous qui  avons mis tellement de temps à nous pré-fabriquer des images de gens spéciaux, de gens hors du commun, revenir à notre état naturel, se dire que l’on se fiche de l’image que les autres auront de nous, c’ est devenu presque impossible. Pour nous, pauvres riches, il est inimaginable d’ôter ne serait ce qu’une fois notre carapace sociale. Je ne sais comment les aider… ma carapace pèse bien trop lourd.

Voyez-vous, mes petits voisins, ces deux enfants toujours dehors, je leur ai acheté des cahiers de coloriage et des crayons et, je ne sais pas pourquoi, je ne leur donne pas…  J’ai eu pitié en voyant leur maison, cette tour de pise en bois craquant, pitié en apprenant qu’ils n’avaient jamais été à l’école faute d’argent, pitié en voyant leur mère enceinte par accident d’un troisième bambin. Je n’arrive pas à savoir si je leur ai acheté ces cadeaux par pitié ou par amour, et de ce fait je ne sais comment leurs offrir.


Ces quelques lignes sentent peut être la dépression, mais je vous le dit : il n’en est rien.  C’est une remise en cause difficile, une réflexion interminable et pourtant nécessaire sur l’état d’humain.  Pour l’heure j’offre mes sourires et j’en reçois des tonnes en retour. Je souris quand je vois cet enfant, à demi caché par mon mur moisi et qui, sur le pas de ma porte, me regarde d’un air curieux et malicieux. Il me sourit lui aussi et semble intimider, il repart en courant pour revenir et je le sais, m’espionner à nouveau. J’aimerais l’espionner aussi, avec tant de désinvolture, avec cette inconscience des choses dont seul les enfants et quelques marginaux semblent dotés.  Mais je ne suis pas comme lui. Moi je suis une jeune fille qui apprend à se connaitre et à connaitre les autres. Je suis une jeune fille naïve qui cache derrière son aisance apparente, un profond manque de confiance en elle. Je suis une jeune fille qui aspire à devenir une femme juste et sage. Une femme dont le seul et unique modèle, le plus beau et le plus modeste, cache sous ses beaux yeux bleus  un amour inconditionnel. Et je sais qu’elle se reconnaitra ma muse, je sais qu’elle dira que j’exagère, que ses yeux ne sont pas si bleu et que son cœur n’est pas si grand. Mais c’est comme ça que je l’aime ma mère, humble et merveilleuse sans le savoir. ..

Par Océane
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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 08:42
 

Extrait de mon journal, le 2 octobre 2008

Mon voyage à Mui Ne

A commencé par une sieste de 5h dans le bus d’aller. La veille nous avions fêtés Halloween et mes heures de sommeil se comptaient sur les doigts d’une main. Arrivés à bon port, le soleil est au rendez-vous.  Après un repas en tête à tête avec la mer de chine, nous voici étendus sur nos hamacs à goûter aux joies du farniente le plus total. La suite pourrait se résumer ainsi : poisson grillés, massage, sieste sur la plage, baignade, bronzette. En d’autres mots, le paradis.

Le lendemain matin, petit déjeuner sur la terrasse, avec le bruit des vagues et l’odeur du sel. Je repense à ma chère méditerranée et aux paisibles moments en sa compagnie. Ces instants sont précieux car je sais que dans deux jours, je serai de retour à Saigon, noyée à nouveau dans son vacarme incessant et sa pollution étouffante.

Après avoir loué des scooters, nous partons en direction du village des pêcheurs. Et enfin, sous mes yeux émerveillés,  le Vietnam que j’attendais se dévoile. J’ai le sentiment que le pays s’offre à moi dans toute sa splendeur. Partout, des bateaux rentrent de la pêche pour déposer le fruit de leurs efforts sur la terre ferme. L’odeur de poisson envahit la côte et nos estomacs gargouillent déjà.

Un peu plus tard, nous partons visiter le lac Lotus. Sa beauté me subjugue, ses contrastes sont captivants. Le vert des cultures se mêle à l’or des dunes qui l’entoure.   Le tout se contemple dans le reflet immobile d’une eau calme et lisse, parsemée ça et là de lotus verdoyants. L’instant est magique, mes mots ont peine à décrire ce que je ressens. Le retour à la vie réelle va faire mal… 

En effet, la tranquillité n’a qu’un temps…. Notre bus nous attend pour 13h20, dans 15 minutes. Après un dernier au revoir à la mer, nous grimpons sur le scooter en direction de l’hôtel. Là, mon casque se décroche d’un coup et s’envole. Je le retrouve enfin après 5 minutes de recherches dans le caniveau… Pas plus de 500 mètres plus loin, nous roulons à 80 km/h, je sens la roue arrière chasser de plus en plus fort jusqu'à ce que le scooter se mette à tituber violemment. Mon ami maintien habilement le cap et nous évitons de justesse l’accident imminent. Nous venons de crever. Pas le temps de souffler, heureux 30 secondes d’être sain et sauf, nous repartons aussitôt. Pendant que mon ami téléphone au magasin de location de scooter ainsi qu’a la société de bus ou nous avons réservé notre retour, je pousse le scooter sous un soleil de plomb qui nous arrache la peau. Le scooter pèse à peu près le même poids que moi, et mes bras le tiennent difficilement. Mon ami prend le relai et quelques minutes plus tard, l’homme qui nous à loué les scooters arrive, triomphant. Il nous explique que le chauffeur de bus est au courant de notre mésaventure et qu’il nous attend devant l’hôtel. Son ami va nous conduire à lui. Je suis tellement reconnaissante que j’ai envie de l’embrasser ! Nous montons à 3 sur une sorte de chappy d’où mes fesses débordent et, bien agrippés, nous voici repartis pour la chevauchée intrépide. Arrivée à l’hôtel, pas de bus. Je tends un billet que notre sauveur refuse quand notre logeuse accourt vers nous. Le bus nous attend un peu plus loin. Nous récupérons nos sacs, elle appelle deux xeoms, et nous repartons de plus belle.  Je ne sais pas ou je vais, je guette la route inconnue quand tout à coup je le vois, là à nous attendre. Soulagement immédiat, j’ai envie de prendre tout le monde dans mes bras mais je préfère leur épargner ma peau moite et mon odeur de transpiration. Nous entrons dans le bus avec notre heure de retard écrite sur le front, le visage rouge, dégoulinant. La foule de touristes nous observent, certains nous sourient, d’autres nous maudissent. En m’asseyant je me tourne vers mon ami, nous nous regardons et éclatons de rire. Le bus démarre et je sors mon journal…

Par Océane
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Mercredi 12 novembre 2008 3 12 /11 /Nov /2008 08:08

Il y a quelques jours je me disais que le pays du dragon n’est pas si différent de mon hexagone natal. Ce sentiment n’est pourtant que le fruit de certaines habitudes. Car quand je regarde la vie de plus près, je vois ces hommes en costard mangeant par terre les pieds nus, je vois ces femmes en scooter un bébé dans chaque bras ou encore ces enfants qui vendent leurs chewing-gums à deux heures du matin. 

Petite anecdote dans un lieu typique : le restaurant.  En France, je rallais sans cesse contre les serveurs qui se faisaient désirer pendant que mon estomac criait famine. Je voulais qu’on me serve vite, parce que j’avais faim et que comme beaucoup de français, je n’avais jamais le temps pour rien.  Ici, c’est tout simplement le problème inverse. Entre le moment où l’on nous donne la carte et celui où l’on annonce nos plats, trois serveurs restent campés là, à attendre notre commande. Sauf que la carte propose 200 plats inconnus, comme c’est le cas en France dans les restaurants vietnamiens, à la différence qu’il n’y a aucune traduction et que personne dans le restaurant  ne parle anglais. Ils sont donc tous là, stylos et papiers à la main, s’agitant dans tous les sens pour nous proposer des serviettes, du thé, de la bière, des apéritifs, un cendrier, puis un autre…. Au bout de 2 minutes, si l’on n’a toujours pas passé commande, l’un d’eux s’approche et montre un tas de noms de plats sur la carte en répétant quatre fois le même mot en vietnamien. Nous en face on ne comprend toujours rien et on veut juste réfléchir un peu ou attendre un ami. Alors on essaie dans un ultime espoir de dire un truc en anglais  « I’m waiting for a friend ». … « I will give you my order in 10 minutes, ok? ok? ». En face, sourire,  “yes yes yes yes” (rappelez vous, les vietnamiens ne disent jamais non) mais personne ne part et tout le monde s’agite de plus en plus. « Puisque ce serveur-ci n’a pas réussi à comprendre  les étrangers, vas-y--toi ! » et là un autre serveur s’approche, recommence à nous montrer les plats sur la carte… Le défilé ne s’arrête que quand l’ami en question est enfin arrivé, et que nous  cédons à leurs assauts. C’est le moment fatidique ou l’on choisit un plat au hasard en regrettant 5 minutes après quand on  observe les assiettes voisines.  

Je viens de penser que je ne vous ai pas encore dévoilé comment on « Fait »le « non ». C’est simple il suffit de balancer sa main  un peu comme on le ferait pour signifier « couçi couça ». On fait ce geste tout le temps, pour les moto bikes, pour les chewing-gums, pour les roses, pour les mendiants, pour dire « je ne sais pas », « je ne comprend pas »,  « comme tu veux ».... C’est amusant comme code, on s’habitue très vite à ces petits gestes culturels et un jour nous allons les rapporter en France et personne ne nous comprendra et on se sentira seul… Pour un temps.

Par Océane
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Dimanche 12 octobre 2008 7 12 /10 /Oct /2008 07:29

Premier rapport d’étonnement

Et déjà je me dis « Il n’en reste plus que 8 !!?? ». Oui, le temps me file entre les doigts sans que je m’en aperçoive. Un mois déjà que je suis ici et j’ai l’impression d’être arrivé hier. Pourtant, je dois me rendre à l’évidence, certaines choses ne m’étonnent plus. La première chose qui m’avait terriblement impressionné à mon arrivée était le traffic. Je me souviens être restée  paralysée sur le trottoir là première fois qu’il m’a fallu traverser la route, je me souviens avoir invoqué tous les Dieux de la terre pour me donner le courage d’aller sur le trottoir d’en face. Cette anarchie déroutante, ce désordre sans nom, me prenait à la gorge et je restais là, hypnotisée de longues minutes avant de tenter quoi que ce soit. Je tombais en admiration devant ces gens qui traversaient sans appréhensions, à tout petits pas,  « Lentement mais sûrement ». Aujourd’hui, les choses ont bien entendu évolué. J’ai commencé mon apprentissage de la route en me faufilant derrière les vietnamiens. J’observais  leur rythme et  leur style (car il s’agit bien là d’un style).  Puis, je me suis lancée, seule, comme une grande.  Comme toutes les premières fois, ces dernières étaient riches en émotions fortes. Je me suis retrouvée plusieurs fois stoppé dans mon élan  par un scooter trop rapide ou un conducteur inattentif, mais puisque je n’avais pas le choix, je persévérais.  Il y a quelques jours, je me suis retrouvée bloquée dans un défilé massif d’auto déchainées. Une très vieille dame aux dents noires s’est approchée en souriant (Il faut savoir qu’il y a quelques années, c’était un signe de grande beauté au Viêtnam, les femmes chiquaient pour obtenir cet effet). Elle m’a caressé le bras, m’a pris la main et m’a fait traverser. Le monde à l’envers n’est-ce-pas ? Son geste m’a beaucoup touché, elle était d’une gentillesse et d’une douceur incroyable. Aujourd’hui, je traverse et retraverse sans gros problème. Pourtant, j’ai toujours cette petite fierté en posant le pied sur le trottoir voisin d’un air détendu.

La deuxième chose à laquelle je m’habitue peu à peu est la langue. Ce vietnamien si difficile à appréhender, cet anglais approximatif si  laborieux à comprendre, autant de barrières que j’apprends peu à peu à dépasser. Au départ j’avais honte. Honte de me tromper, honte que l’on se moque de moi et de mon accent. Mais j’ai compris que ce qui était drôle n’était pas forcément honteux. Bien au contraire, en faisant rire les gens, on attire leur sympathie. Ils apprécient l’effort mis en œuvre et notre accent leur procure de grands fous rires, source inégalable de rapprochement culturel. Il y a ce petit café de rue, près du marché de Ben Than, d’où se dégage une chaleur humaine incroyable. Je m’y suis rendu deux fois. Les jeunes filles qui y travaillent ne parlent pas un mot d’anglais. Mais lorsque je suis là-bas, j’apprécie notre complicité sans frontières. L’autre jour, les derniers clients venaient de partir et je me suis retrouvée attablée avec elles. Pour nous comprendre, tous les moyens étaient bons : On se faisait des dessins, des mimes, on riait et l’on s’amusait de tout et n’importe quoi. Elles m’apprenaient quelques mots en vietnamien et moi en anglais ou en français.  Lors de ma dernière visite, j’ai été convié à la table familiale. Un grand honneur pour moi. Plutôt que de me faire consommer les plats à la vente, « Me » m’a donné un bol et m’a invité à partager leur nourriture. Je n’ai aucune idée de ce que j’ai mangé, je me suis contentée d’engloutir à leur manière. Le repas était moins bon que ce qui était proposé en restauration, mais le simple fait de partager leur repas valait bien toutes les saveurs du monde. Cette famille m’offre de grandes joies et m’assure de merveilleux souvenirs.

En ce qui concerne mes classes, je suis impressionnée par deux choses.  D’une part, le respect de la hiérarchie et de l’autorité. Il faut savoir qu’un vietnamien ne dit jamais non. Au mieux il dit « oui mais », au pire, il esquisse  une mine particulière dans laquelle il faut apprendre à lire le « non ». Je n’en suis pas encore à ce stade là. Bref, mes élèves sont  des crèmes. Je leur dis de se taire ils se taisent. Je leur dit d’écouter ils écoutent. Je crois que n’importe quel professeur en France rêverait d’avoir mes classes.  Un jour, une élève est arrivée en retard et s’est aussitôt mise à discuter avec sa voisine. J’ai arrêté mon cours (comme le faisaient si bien mes professeurs dans ce cas là) mais elle continuait son bavardage. Je lui ai dis d’un ton très calme « En France, quand quelqu’un arrive en retard il se tait, c’est une question de respect ».  Je n’avais pas mesuré à ce moment là la portée de mon propos pour une élève vietnamienne. Je l’ai vu se décomposer sur sa chaise, rouge de honte et tremblante de confusion. En France, mes professeurs disaient cette phrase une à deux fois par semaine, tellement elle était devenue banale et sans aucune conséquence directe sur notre comportement. Mais à en juger sa réaction, l’effet était à peu près 10 fois plus probant ici. J’ai dès lors compris qu’il suffisait de prévenir pour mettre fin à un bavardage. Ici, pas de grand Maux ni de grands moyens.

Il y a une chose qui m’échappe totalement dans ce pays, c’est la loi.  Bao, le directeur de l’école, me disait aujourd’hui « Nul n’est censé ignorer la loi ». C’est une jolie phrase certes, mais que doit-on faire lorsque celle-ci dépasse tous nos concepts, toutes nos idéologies ? A l’heure actuelle, je n’ai toujours pas compris pourquoi le port du casque est obligatoire sauf pour les moins de 14 ans -  Pourquoi l’alcool est autorisé dans les bars mais qu’à chaque descente de police, le personnel se mobilise pour cacher les cartes et les bouteilles -  Pourquoi y a-t-il dans ma rue un salon surmonté d’une enseigne TATOO qui s’éclaire nuits et jours alors que le tatouage est interdit. Autant de questions qui resteront peut-être, sûrement, sans réponses…

 

Par Océane
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